Nous avons choisi un nouveau
poème pour développer ses notions de mouvement rythmique et de mouvement
sémantique. Il s’agit de Les effarés,
d’Arthur Rimbaud. Nous y voyons de grandes possibilités didactiques dues à la
constance du rythme et son pouvoir évocateur et visuel, dont nous allons
profiter pour introduire les techniques théâtrales des statues ou des tableaux
vivants.
Statues
Les participants marchent sur l’air
du jeu jusqu’à ce que l’animateur fait un signal. Dans ce cas nous utiliserons avoir chaud, avoir froid, avoir sommeil, avoir
faim, avoir soif… et être fatigué, être
réveillé, être content, être triste, être ennuyé, être pensif… Au signal,
les participants s’immobilisent en prenant une position qui transmette cette
émotion ou sensation. C’est très important qu’ils essaient aussi de les
transmettre sur leur visage.
Tableaux vivants
L’animateur distribue un but de
papier avec les sensations / émotions à chaque participant. Distribués en
cercle, l’animateur invite –lorsqu’il se sentiront prêts— les participants à se
rendre au cercle pour représenter leur message avec leur corps, leur gestualité
et leur expression faciale. Ils devront prendre une posture et une expression
très explicite pour aider à leur identification et à leur mémorisation.
Poème
Après ces exercices, nous introduirons
le poème, d’abord avec des mouvements rythmiques pour marquer les groupes de
sens et la place des accents, puis pour en souligner l’intonation. Finalement,
on y ajoutera les postures et les gestes sémantiques.
Une variante consisterait à distribuer
les strophes par groupes de sorte que nous pourrions « représenter »
le poème avec des tableaux vivants successifs.
Les effarés
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, cinq petits, - misère ! -
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
Si fort qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d'hiver.Arthur RIMBAUD (1854-1891)
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